La géographie du Capitalisme.

 

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales donne cette définition du Capitalisme:

A.− Système économique caractérisé par la concentration de gros capitaux en vue de promouvoir la production et les échanges commerciaux
Le mot présent est >> « concentration », c’est bien ce terme que nous retrouvons dans une des conférences de la camarade Annie Lacroix Ritz:

 

Dans cette conférence, elle décrit bien le système de concentrations des capitaux jusqu’à une tension insoutenable. Tension résolue avec des guerres; l’explosion nécessaire. (Le « deux coups sur la commode » de Bigard.)
Et c’est en voyant cette vidéo que j’ai commencé à faire un lien avec la géographie.
Restons sur ce terme de « concentration ». Concentration des capitaux, concentration des habitations, concentration des hommes, concentration des échanges. C’est enfoncer une porte ouverte que de dire que la structure des villes actuelles facilite les activités capitalistes. Nous ne verrons pas (si vous avez des exemples contraires je suis preneur pour faire évoluer la réflexion) de grandes multinationales au fin fond du Lot ou de l’Aveyron. Nous ne verrons pas non plus de grandes banques au milieu de la Montagne Noire ou au pied de la Rhune.
Pour faciliter les échanges, il faut des voies de communication; des routes, des voies de chemin de fer, des lignes d’aéroport, des bateaux. N’oublions pas que l’essor (pas sa naissance) du capitalisme se fait avec le développement des machines et donc la révolution industrielle.
Saint-Simon écrivait ceci : La «  révolution industrielle » se caractérise par le passage d’une société à dominante agricole et artisanale à une société commerciale et industrielle dont l’idéologie est technicienne et rationaliste.
 
Et Karl Marx l’analysait ainsi : Une révolution silencieuse s’accomplit dans la société, une révolution à laquelle il faut se soumettre et qui se soucie des existences humaines qu’elle sacrifie aussi peu qu’un tremblement de terre s’inquiète des maisons qu’il détruit.
 
Engels quant à lui: Du point de vue social, les transformations dues à la révolution industrielle se ramènent à un gigantesque processus de polarisation et de concentration, avec pour ten­dan­ce principale la création d’une bourgeoisie de plus en plus restreinte de capitalistes de plus en plus puissants, tandis que se développe le prolétariat et que la société se fait plus urbaine. L’essor du capitalisme industriel entraîne l’élimination des petits producteurs, de la paysannerie et de la petite bourgeoisie; le déclin de ces couches intermédiaires interdisant à l’ouvrier de devenir petit patron, l’enferme dans le prolétariat qui se transforme ainsi en « classe stable, alors que jadis il n’était souvent qu’une transition pour l’accès à la bourgeoisie » (p. 52).


Si nous devons rapprocher une forme géométrique des grands ensembles urbains, il semble évident que cela serait une forme triangulaire. Maisons pavillonnaires en petite périphérie et grattes ciels au centre.

Dépendance et interdépendance

Mais alors ? Quelles conséquences ?

Les grands ensembles ne permettent plus à ses habitants de vivre en indépendance. Impossible de cultiver ses légumes, élever ses bêtes, fabriquer ses propres habits. Même s’il existe quelques parcelles de terre type « jardins ouvriers » (il en reste à Toulouse), cela ne permet que de compléter une subsistance acquise ailleurs.
Les urbains doivent alors entrer en interdépendance, la production de nourriture est rentrée totalement dans ce processus technique et rationaliste externalisé auquel tous les habitants se sont soumis.

 

Pour cela revoir le documentaire We feed the world ci-dessous.
Ce phénomène d’interdépendance dans un système concentrationnaire tel que le système capitaliste crée la dépendance de ses sujets; c’est à dire dépendance de ceux qui n’accumulent pas. La rationalisation interdit le défaut, l’aspérité. L’exemple des aubergines donné dans le documentaire ci-dessus est édifiant. Nous achetons de belles et grosses aubergines, alors qu’elles sont pauvres en qualité nutritives. Et personne dans le Leclerc du coin n’achèterait les aubergines ridées et terreuses, alors que justement pour se défendre des agressions elles ont sécrété des substances qui, justement, sont beaucoup plus précieuses.

Nous sommes nos propres maîtres et esclaves.

Ou la naissance du capitalisme de consommation par la production. Les objets de productions sont rationalisés, temporalisés. Le concept d’obsolescence programmé est un bon exemple pour cela. L’homme doit donc acheter encore et encore des objets qui lui sont progressivement devenus nécessaires par son  nouveau mode de vie.
Le système de production vise naturellement à accroître ses ventes pour augmenter les profits, et ainsi investir et s’agrandir encore et encore.. jusqu’à.. jusqu’à quoi d’ailleurs ? La Terre possède une contrainte spatiale en termes de Km, donc s’agrandir jusqu’où ?
Or, pour accroître ses ventes il faut concurrencer sur les prix, et donc les faire les plus bas possible. Pour les abaisser, vous pouvez:
– réduire les coûts de matière première (hum qu’il est bon le « minerai de viande »)
– réduire les coûts de production (dites ça vous branche de travailler pareil pour moins d’argent ?)
Et lorsque c’est fait les consommateurs achètent en masse. Nous connaissons également tous le phénomène des délocalisations, mais un autre qui m’a semblé aussi tout intéressant concerne celui des émigrations. C’est toujours dans We feed the World, le réalisateur explique comment l’agriculture subventionnée Européenne concurrence les agriculteurs locaux sur le marché de Dakar. Ces paysans sont alors incapables de lutter, et émigrent donc à Alméria, la plus grande étendue d’agriculture intensive qui soit en Europe. Certains restent, d’autres émigrent encore en Europe. Autrement dit, notre consommation jette des paysans d’autres pays dans la misère et les force à émigrer.
C’est donc la consommation qui dirige la production selon moi. Et non plus l’inverse. Il n’est presque plus besoin de la force brute pour produire, la mécanisation et la robotisation ont leur part dans ce phénomène.  Vous n’êtes parfois plus qu’une dizaine dans une entreprise de grande taille. Difficile avec ça de faire une grande lutte contre son patronat. Quand je dis « la consommation » je pense « les consommateurs », car il ne faut pas oublier ou sous estimer le libre arbitre. Il est des produits lancés à grand matraquage qui sont tombés en désuétude.
Nous savons que les Imachins produit par Foxconn le sont dans des conditions ignobles. Qu’est-ce qui empêche alors l’homme de faire preuve d’un acte de consommation qui encourage la virtuosité ? Ce serait de l’inconscience ? De la lâcheté ? De l’égoïsme ? J’aurai tendance à répondre un peu des trois. L’interdépendance joue encore, avec un petit salaire, bien calé dans votre « résidence » au murs blancs crépis, vous avez besoin de manger, de vous vêtir, de vous chauffer, de vous éclairer, et si c’est encore possible après le 20 (jour où toutes les dépenses fixes prévues sont passées) vous octroyer un petit plaisir. Vous êtes donc vous aussi tenu dans ce système ou vous ne pouvez pas vous en sortir autrement qu’en suivant l’acte de consommation qui vous incite à appuyer sur le bouton « baisse de salaire ». La croissance oui…. mais pas pour tout le monde…

Se rapprocher et s’éloigner.

Et la ville, cette concentration qui permet aux hommes de se rapprocher existe et se développe depuis que l’homme a décidé de se sédentariser. Certains voient même dans la ville un bienfait. Ainsi Marc Giguet dit ceci dans un atelier de prospective au Sénat:
« La ville est très efficace. Il n’y a rien de plus efficace que la ville. Toute l’évolution du monde a été liée aux progrès dans les villes, parce que les gens s’y rencontrent et maillent dans ce lieu leur savoir. Lieu de synthèse, rencontres conviviales, agréables, à taille humaine, variété des personnes, partage, expérimentations, donc gouvernance de tolérance. »
S’il est certain que c’est un lieu de rencontre, et que les échanges sont plus faciles, j’ai de gros doutes sur la gouvernance de tolérance. C’est justement parce que ces échanges sont plus faciles que les phénomènes de concentration et donc d’exclusion s’opèrent. Si elles existent c’est aussi par une contrainte topologique (beaucoup de ces villes sont en bord d’océan ou de mers) et sociales.

 

So what ?

Nous voilà bien dans ce système… Comment lutter contre ce cadre du système concentrationnaire ? En détruisant les villes ? Peu réaliste. En faisant acte de consommation responsable ? Je pense que cela sera toujours « à la marge ». En reprenant l’outil de production ? Il me semble qu’il ne reste plus que cela.. Mais encore difficile vu l’apathie et l’abattement des salariés.
Comme mon voisin Gallacois Clouscard l’énonçait, une suite s’est tissée entre esclavagisme > féodalité > capitalisme. Le salariat qui est un outil du capitalisme reste caractéristique par le lien de subordination qui lie une personne à une autre par sa signature. Subordination d’autant plus odieuse que la pression s’opère sur la baisse de salaire pour que le subordonné puisse garder son travail.
Pour l’instant il m’est surtout avis que la Bête va continuer de grossir et s’effondrera parfois en certains endroits comme un château de cartes. Les entreprises organisent leur « choc châtelain » par les délocalisations et pressions sur les états, ceux-ci ne peuvent y résister dans la durée. Capitaliste et Libéral sont intimement liés, et Capitaliste est comme une bête qui a goûté au sang. Il n’est plus possible pour lui de revenir en arrière. Mittal et Goldman Sachs sont amants, Nicolas Sarkozy touche 100 000 € pour des conférences payées par la pieuvre et les qatariens.

Tiens d’ailleurs à quoi ça ressemble le Qatar ? 
 
 
 
Elle n’est pas belle cette concentration spatiale ? 11 437km² pour 1.8 millions d’habitants soit une densité de 164 hab./km². En comparaison la France c’est 97 hab/ Km². Contraction des espaces, concentration des capitaux… aux mains de quelques uns….
 
(P.S; si vous avez lectures, des liens pour approfondir ceci, je suis preneur. Merci.)
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3 réflexions au sujet de « La géographie du Capitalisme. »

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