De la notion de spiritualité

Pour beaucoup de personnes la notion de spiritualité est consubstancielle à la religion en ce sens que sa pratique nous relierait à une entité supérieure. La spiritualité s’est confondue avec la religion par le fait que cette dernière l’a dans le temps (en)cadré par divers corpus et rites. Ainsi dans le catholicisme, le droit canon définit les règles internes de l’Eglise. Ces règles internes sont mises en place par l’autorité spirituelle en place.

Elles ne sont cependant pas à l’abri d’erreurs, l’inquisition était issue du droit canonique et a pourtant réprimé dans le sang les bonshommes et bonnes femmes (mouvement cathare) qui représentaient une autre institution spirituelle. Il est utile de rappeler que lorsqu’en 1994 Jean-Paul II s’opposait à l’ordination des femmes, en 1204 Esclarmonde de Foix était déclarée Parfaite. D’une manière générale les femmes au sein de la communauté des cathares avaient beaucoup plus de droits qu’ailleurs sur le territoire.

La notion de spiritualité est polysémique. Dans « Psychologie et spiritualité: à la recherche d’une interface » Réginald Richard et Christine Dézé indiquent que ce mot est un concept. Comme Britt Mari Barth le souligne dans ses travaux, le concept est un nuage de relations sémantiques. Les auteurs de « Psychologie et Spiritualité » désignent donc plusieurs réseaux:

– autour de la notion d’âme (pensons à l’anima de Jung)

– autour de l’opposition entre matière et esprit (les pédagogues repenseront au cognitivisme et à ses limites ou encore à l’oeuvre de Vygotski « Pensée et langage« )

– autour de l’opposition entre intériorité et extériorité (la relation qui se tisse entre les cosmologistes et les spiritualistes)

– autour de l’exclusion même de la notion de spiritualité conditionnée par la production matérielle et les relations sociales selon Marx et Hegel (un billet sur la notion de « matérialisme et spiritualité » est en attente).

Les auteurs quant à eux relèvent qu’à conditions socio-économiques semblables des productions de l’esprit différentes voir contradictoires apparaissent.

Réginald Richard et Christine Dézé dressent une liste de ce qui permet de cerner le spirituel:

– la traduction de l’esprit dans la matière (exemple de l’oeuvre du penseur de Rodin)

– l’isométrie entre les qualités physiques et spirituelles d’un individu

– le concept de sensation qui transporte l’individu (nous retrouvons l’idée de vibration développée dans les œuvres de James Redfield)

– et enfin la capacité de saisir d’un seul regard toute la complexité d’une situation tel que David Bohm décrivait la théorie de l’implicite.

C’est également un des aspects traités dans une des œuvres de James Redfield « La vision des Andes ».  Dans le chapitre « Transcendance et sport » nous pouvons retrouver cette même idée, le sujet embrasse la totalité d’un instant, le temps semble se dilater. Ces sportifs décrivent un état où ils maîtrisent l’ensemble des paramètres et ont le sentiment de « maîtriser le temps », à tout le moins de faire partie de lui.

Cette notion du temps comme une des clés de lecture du monde capitaliste est également un billet en attente de la lecture d’Hartmut Rosa « Accélération, une critique sociale du temps ».

Il est pourtant d’ores et déjà possible d’observer plusieurs choses. D’une part que la transcendance comme vecteur d’expérience spirituelle peut effectivement se vivre hors des canaux attendus. Une méditation n’est pas le seul moyen de ressentir cette vibration, cette dilatation du temps. L’exemple de Redfield sur les sportifs me semble approprié. De très nombreuses activités, quelles soient professionnelles, associatives, artistiques (la danse des soufis) ou concernant la vie personnelle y compris sexuelle, renferment cette notion, nous penserons ici au tantrisme et à la kundalini.

Cette notion de transcendance porte en elle la notion de dépassement et rejoint selon moi sur le plan de la méthode la pensée communiste. Elle ne se satisfait pas du « déjà là » d’une part, et se doit d’effectuer un travail afin de dessiner et d’atteindre son but d’autre part.

Il est possible également de remarquer que la pensée libérale porte en elle la contraction du temps, comme le capitalisme porte en lui la contraction des espaces. Nous penserons au « high trading » où les opérations financières sont de l’ordre de la milliseconde. Nous sommes bien loin de l’expérience d’un temps dilaté, où l’être saisi l’ensemble d’un phénomène. Bien au contraire ce temps, tout comme la production, est fragmenté, optimisé, analysé, passé, mais… non vécu.

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Biographie Castraise, Magloire Raynal

L’apprentissage de l’abstraction, Britt Mari Barth, Retz, 2001

Pensée et langage, Lev Vygotski, La dispute, 2013 (Introduction de Lucien Sève)

Psychologie et spiritualité: à la recherche d’une interface, Réginald Richard et Christine Dézé, PU Laval, 1992

La vision des Andes, James Redfield, J’ai lu, 2004

David Bohm – La physique de l’infini, Massimo Teodorani, Macro Editions, 2011

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